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En une vingtaine
d'années, on est passé du Droit rural au Droit de
l'entreprise agricole, puis au Droit de
l'agroalimentaire et il faut désormais parler du Droit
de l'Alimentation.
Ce nouveau droit
est issu de la loi du 27 juillet 2010 de modernisation
de l'agriculture et de la pêche.
Dans le Titre III du
Code rural intitulé "Qualité nutritionnelle et
sécurité sanitaire des aliments", est inséré un
chapitre préliminaire inaugurant "la politique
publique de l'alimentation" (Articles L.230-1 à
L.230-6 du Code rural et de la pêche maritime).
Il est très important
pour les producteurs agricoles que ce Droit de
l'alimentation soit inséré dans le Code rural. Cela
traduit la volonté du Gouvernement et du Législateur
de mettre le producteur agricole au centre de cette
nouvelle législation qui aura pour objet d'assurer la
sécurité et la qualité des aliments.
Ce nouveau Droit
irrigue naturellement le Code de la santé publique et
le Code de la consommation, mais il prend sa source
dans le Droit rural.
Ce Droit de
l'alimentation existe dans d'autres pays de la
Communauté (Norvège ou Ecosse par exemple).
Le Droit
communautaire a développé autour de cinq règlements
les règles de la sécurité sanitaire des aliments.
C'est ce qu'on a dénommé le "paquet hygiène" avec
notamment un système complet de traçabilité (Règlement
178-2002).
Cette notion de
sécurité sanitaire et alimentaire est un axe majeur de
la politique publique de l'alimentation créée par la
Loi de modernisation agricole du 27 juillet 2010.
L'alinéa 1er de
l'Article L.230-1 de la nouvelle Loi mérite d'être
cité :
" La politique
publique de l'alimentation vise à assurer à la
population l'accès, dans des conditions économiquement
acceptables par tous, à une alimentation sure,
diversifiée, en quantité suffisante, de bonne qualité
gustative et nutritionnelle, produite dans des
conditions durables. Elle vise à offrir à chacun les
conditions de choix de son alimentation en fonction de
ses souhaits, de ses contraintes et de ses besoins
nutritionnels, pour son bien-être et sa santé. "
Cette politique
publique de l'alimentation s'inscrira dans un
programme national pour l'alimentation qui sera défini
après avis du Conseil Supérieur d'Orientation et de
Coordination de l'Economie Agricole et Alimentaire et
du Conseil National de la Consommation.
Un observatoire de
l'alimentation est également créé.
Suivant la volonté du
Législateur, ce cadre public et réglementaire doit
avoir des prolongements dans les relations
contractuelles qui lient les différents opérateurs des
filières de production.
Ainsi, il est prévu
que l'Etat incitera les opérateurs du secteur
agroalimentaire à mettre en œuvre des accords
collectifs par famille de produits. Ces accords
collectifs devraient constituer l'un des maillons de
la contractualisation que la Loi du 27 juillet 2010
érige en principe dans ses articles 12 et suivants
(codifiés sous les n° L.631-24 et suivants du Code
rural et de la pêche maritime).
Il ne fait aucun
doute que les contrats entre les différents opérateurs
devront intégrer désormais les enseignements de ce
nouveau Droit de l'alimentation.
A titre peut-être
plus anecdotique, mais la France n'est-elle pas le
pays du "bien manger", la Loi vante la qualité
"gustative et nutritionnelle" des produits agricoles
et alimentaires. Elle incite les acteurs de la
restauration collective, notamment scolaire et
universitaire, à utiliser des produits de saison et à
inscrire les règles relatives à la qualité
nutritionnelle dans une Charte.
Enfin, la Loi
nouvelle encadre l'aide alimentaire qui a pour objet
la fourniture de denrées alimentaires aux personnes
les plus démunies. Ce cadre légal, nécessairement
général, sera naturellement précisé par des Décrets
d'application.
Il faut souhaiter que
ces Décrets soient publiés dans les meilleurs délais
pour que ce nouveau Droit de l'alimentation entre dans
les faits et inspire les différents acteurs de la
chaîne alimentaire "de la fourche à la fourchette"
selon l'expression consacrée…
* Pour plus de
développements, Etude Bernard MANDEVILLE et Marie
SOYER, Revue de Droit rural, octobre 2010, page 20 et
suivantes.
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