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Un
sorcier brûlé place des Lices à Rennes.
De la fin du XVI° siècle jusqu’au
milieu du XVII° siècle, la Bretagne a été ravagée
par une série d’épidémies. Elles firent leur
apparition à Fougères vers 1625 et continuèrent à
dévaster la région jusqu’en 1640.
L’importance des épidémies était
telle qu’on fut parfois obligé de creuser des fosses
ou de créer de nouveaux cimetières pour ensevelir les
morts.
Des quartiers entiers étaient
barricadés à Vitré et à Rennes pour éviter la
propagation du mal. Les portes de la ville de Fougères
étaient fermées et des gens d’armes contrôlaient
les allées et venues. Les villes se vidaient.
En 1635, l’épidémie sévissait d’une
manière terrible à Fougères au point que les
prêtres ne suffisaient plus pour administrer les
sacrements.
On sait que les Rennais ne parvinrent
à se débarrasser de la peste qu’en faisant un vœu
à Notre Dame de Bonne Nouvelle. Malgré toutes ces
dévotions, l’épidémie faisait toujours rage pendant
l’automne 1639 dans la plupart des paroisses de
Bretagne. C’est alors que va se nouer le drame que
nous allons maintenant raconter.
Une équipe d’ " éventeurs "
avait été mise sur pied dans la région pour porter
remède aux pestiférés et aérer leurs maisons. Il y
avait parmi les éventeurs un certain Mathurin Trullier
sieur de la Poussinière, prêtre de son état,
chapelain de l’église Saint Sulpice de Fougères.
De biens curieuses histoires
circulaient sur Mathurin Trullier. On racontait que l’abbé
Poussinière faisait pousser des cerises en hiver, qu’il
pouvait voyager à travers les airs, qu’il brûlait
ses ennemis à distance avec des artifices ou faisait
pleuvoir une pluie d’encre. Il était accusé des
pires facéties, s’amusant à consacrer tous les pains
d’un boulanger qui ne pouvait plus rien vendre
ensuite.
A vrai dire pas grand chose de
crédible. J’imagine volontiers que l’abbé
Poussinière était un de ces humanistes, alchimistes et
médecins, répandus à cette époque et qu’il était
capable d’impressionner le bon peuple par quelques
petits tours biens simples à expliquer par les
physiciens. On peut également penser qu’il cherchait
à soigner la maladie en appliquant de nouveaux
traitements.
Mais lorsque le peuple souffre
misère, les esprits ont vite fait de s’échauffer et
de chercher un bouc émissaire.
Toujours est-il que le Procureur du
Roi de Fougères fit ouvrir une information. Des
témoins furent interrogés et l’un des éventeurs,
Isaac Marais, fut arrêté etcondamné à mort le 7
août 1642 pour " avoir usé d’arts magiques
et maléfices au traitement de la peste. "
Saisie de l’affaire en appel, la Cour ordonna de
nouvelles informations qui révèlèrent que Messire
Mathurin Trullier, avait également participé à des
diableries et suborné une jeune fille, Guyonne Jouvele,
en profitant de son prestige. L’affaire rebondit. La
Cour ordonna son arrestation par arrêt du 25 septembre
1642. Il fut emprisonné et une perquisition fut faite
à son cabinet le 3 octobre. On y trouva des parchemins
sur lesquels figuraient une " évocation de
démons ". Une expertise révéla que ces
documents avaient été rédigés par Mathurin Trullier.
Ce dernier fut interrogé à trois
reprises et confronté avec ses accusateurs. La Cour
ordonna qu’il soit examiné par des médecins pour
rechercher les marques du diable sur son corps.
La Cour rendit un arrêt définitif le
19 janvier 1643. Elle condamnait Mathurin Trullier à
être brûlé vif et à faire amende honorable. Il
était convaincu d’avoir usé d’arts magiques et de
maléfices au traitement de la peste, d’avoir abusé
de son caractère de prêtre pour l’exécution de ses
maléfices, et suborné Guyonne Javelle, fille mineure.
Avant d’être exécuté, il fut soumis à la question
pour avoir révélation de ses complices.
Que penser de toute cette
affaire ? L’abbé Poussinière était-il un
médecin alchimiste, chercheur de remèdes nouveaux pour
lutter contre la peste ? Terrorisés par ces
nouvelles pratiques les gens l’auraient finalement
accusé de répandre la peste et ce d’autant plus qu’il
les avait effrayés par quelques farces amusantes telles
qu’un alchimiste pouvait en faire. Ce n'est pas
improbable, il faut rappeler que les éventeurs sont
poursuivis pour " avoir usé d’arts magiques
au traitement de la peste ".
Les évocations de démons ?
Peut-être était-ce tout simplement des symboles
chimiques hermétiques pour des profanes. Le chirurgien
Jean Massé écrit dans son journal à l’époque qu’il
y avait à Fougères en 1642 " deux prêtres
qui avoist des carractères, un pour avoir des garces, l’autre
de l’argent, et un pour meptre la peste à
volonté. "
Il est bien certain en toutes
hypothèses que l’abbé Poussinière n’était pas
exempt de tous reproches. Il avait suborné une fille,
et ce crime méritait à lui seul le bûcher à cette
époque, surtout lorsqu’il était commis par un
prêtre. Une partie au moins des accusations portées
contre l’abbé Poussinière était sans doute fondée.
Un contemporain affirme que le malheureux reconnut ses
fautes sur le bûcher.
Jean
BOUËSSEL DU BOURG
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