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Petite histoire des
avocats: " Libres, seuls et indépendants "
" …Du discours oral, il ne
reste rien lorsque la voix s'est tue " (Maurice
Garçon).
Malesherbes, Demange et Labori, de
Moro-Giafferi, Vergés, Varaut, Badinter, Leclerc sont
chacun l'incarnation de l'avocat : libres, indépendants
et seuls, ils ont défendu Louis XVI, Dreyfus, Barbie,
Papon, Landru, Buffet et Bontemps, ont lutté contre la
sanction suprême, la justice brutale de l'opinion
publique et pour les droits de l'Homme. Exemplaires, ils
sont toujours restés fidèles à leurs convictions et
à leur conscience.
- Me Demange,
catholique et conservateur, a défendu Dreyfus, dans un
contexte d'hostilité bien connu. A. Naud ("
Pourquoi je n'ai pas défendu Pierre Laval ", Ed.
Arthème Fayard ; suivi du célèbre " Les
défendre tous ") l'a si bien dit : "
Je ne connaissais pas Laval ; mes opinions, mon
comportement, la lutte et les souffrances auxquelles
j'ai participé pendant quatre années d'occupation,
m'écartaient de cet homme politique ; commis d'office
pour assurer sa défense, j'ai placé au-dessus des
passions humaines la mission qui m'était confiée. J'ai
été mis dans l'impossibilité d'exécuter ma tâche.
"
- À la barre,
le Bâtonnier Baudet, Maître du barreau rennais,
assumant seul la défense du Préfet de Bretagne Martin
(accusé, notamment, d'avoir prêté son concours à la
Cour martiale ambulante créée par Darnan le 10 janvier
1944 et d'avoir organisé les opérations militaires
contre le maquis du Morbihan), l'avait promis : "
Sans rien trahir de mes idées, je crois pouvoir faire
entendre honnêtement la défense de l'accusé ".
L'AVOCAT ;
UNE NECESSITE PHILOSOPHIQUE
Choqués ? Faut-il leur en vouloir ?
Ils sont d'une vieille et noble profession vivant entre
le marteau et l'enclume, le droit et la liberté. Ils
vivent leur serment, entretiennent la flamme de la
défense, chacun pour sa juste cause et son mobile
intime : solidarité, charité, bonté, goût du " jeu
" judiciaire, de la " pesée d'âmes
" (Jacques Vergès, " Pour en finir avec
Ponce Pilate " ) révolte ou rébellion, acte
politique, résistance… tous les mobiles sont bons.
Seuls face à tous, dans l'adversité d'une opinion
publique souvent hostile et de médias parfois peu
complaisants, ils luttent (par connivence ou rupture,
l'essentiel étant dans la certitude du bon choix
tactique) en assumant une tâche écrasante : la
défense indépendante d'un banni. Jacques Vergès (op.
cit.) s'en est fait l'écho : " Quand j'ai
accepté de défendre Barbie, j'ignorais naturellement
le dossier auquel je ne pouvais avoir accès qu'après
avoir accepté. Telle est la logique de ce qu'on appelle
les constitutions d'avocat. Mais je l'ai fait parce que
même sans l'avoir vu, à travers tout ce qu'en disait
la presse, le procès qui lui était intenté
m'apparaissait comme un procès truqué, un procès
programmé pour éviter l'essentiel : l'épisode majeur
de l'arrestation de Jean Moulin et, d'une manière
générale, les luttes de pouvoir à l'intérieur même
de la résistance, œuvre humaine et non pas image d'Épinal
".
Parce qu'ils défendent des renégats,
ils n'en sont pas ! C'est un insensé lieu commun de
croire qu'un avocat ne peut, en conscience, défendre un
criminel sans s'associer à ses opinions, sa
philosophie, ses convictions… et pourquoi pas l'idée
de son crime tant qu'on y est. Tant que fleuriront les
fadaises de comptoir (" Comment pouvez-vous
défendre un coupable ? "), si notre société
laissait survivre cette morale à pas cher - qu'elle ne
peut ni accepter ni comprendre -, il n'y aurait pas de
véritable justice, mais une délégation donnée aux
magistrats de prononcer des jugements sans entendre la
défense ; ce qu'ils refusent par conviction et respect
de l'Homme.
De Moro-Giafferi (cité par Rossi)
déclarait : " Je n'ai pas de cas de conscience
! J'ai derrière moi une longue expérience. Je fus
toujours la défense. Mais je confonds volontiers la
défense avec la justice. Il n'existe personne si odieux
soit-il à nos yeux qui n'ait droit à être défendu -
et sincèrement défendu par un autre homme. Que
sommes-nous ? " Simple devoir de conscience,
contrainte philosophique et morale, la présence de
l'avocat doit être imposée non en guise de symbole
nourrissant les bonnes consciences mais comme un
protagoniste majeur. S'il n'a pas de droits, ou, ce qui
est plus grave, s'il ne s'en empare pas, il n'est rien.
IL LEUR FAUT
DU COURAGE
Marat, ardent adversaire de Louis XVI,
dans un procès à l'enjeu capital, couvrit de son
mépris Target, membre de l'Académie française et
député du tiers-état, refusant son concours au roi :
" Le pusillanime Target qui a l'audace de s'appeler
républicain et qui abandonne lâchement son maître
après avoir rampé à ses pieds et s'être enrichi de
sa profession ". Besoin d'entendre la défense
ou de se satisfaire de la forme d'un procès ?
Malesherbes que Louis XVI avait malmené et qui était
exilé en Suisse offrira dignement son aide à un
accusé lucide : " Votre sacrifice est d'autant
plus généreux que vous exposez votre vie et que vous
ne sauverez pas la mienne ".
La décision du Conseil
constitutionnel des 19 et 20 janvier 1981, saisi des
dispositions de la loi " Sécurité-Liberté
", portée par Alain Peyrefitte, alors garde des
Sceaux, déclara contraire aux droits de la défense qui
résultent des principes fondamentaux reconnus par les
lois de la République (c'est-à-dire qu'ils ont valeur
constitutionnelle) le droit pour le président d'une
juridiction d'écarter un avocat de la salle d'audience
lorsque, par son attitude, il compromettrait la
sérénité des débats. Certains ont vu dans la loi du
4 janvier 1993 accueillant l'avocat en garde à vue le
triomphe politique de la défense, mais l'apparence est
trompeuse quand on se souvient que l'entretien avec le
gardé à vue n'est pas, pour les besoins de l'enquête,
précédé de la consultation du dossier. Le 5 mars
1998, Me Henri Leclerc, devant la cour d'assises de la
Gironde jugeant Maurice Papon, avait souligné : "
Vous avez à juger des actes de barbarie qui
méconnaissent et méprisent les droits de l'homme. Si
nous oublions de défendre les droits de l'homme, nous
ouvrons la voie à la barbarie ". Chacun doit
partager ce noble propos. Me Varaut honorait quant à
lui son devoir et œuvrait pour la défense de son
client. Imagine-t-on, en conséquence, un procès d'une
telle ampleur sans défense ?
UN AVOCAT
SOUS SERMENT…
Des esprits chagrins se plaisent à
brocarder " les auxiliaires de justice "
(article 3 de la loi du 31 décembre 1971 acceptée sans
broncher…), imaginant cette définition irritante
sinon dévalorisante… " Je jure comme avocat,
d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience,
indépendance, probité et humanité ". Tel est
le serment. Chèrement gagné. La première formule
recensée daterait du 12 octobre 1274 (Damien et
Hamelin. Dalloz, 8ème édition) lorsque l'avocat,
recruté pour l'essentiel parmi les ecclésiastiques
pour intégrer le collège des avocats, collège laïc (…une
anticipation de la loi de 1905 !), jurait sur les saints
Évangiles de ne se charger que des causes justes,
s'engageant à les défendre dignement et fidèlement,
qu'il abandonnerait s'il les découvrait injustes !
Voilà pour ceux qui s'étonnent qu'un avocat défende
un coupable ! Le 11 mars 1344, il était complété de
l'obligation de ne pas alléguer ou soutenir de coutumes
qu'il ne crut vraies (Louis XI voulut unifier les
coutumes, vaste projet, pour " éviter cautelle
et pilleries des avocats "), d'agir avec
diligence et de n'apporter " aucun délai ni
subterfuge " (Damien, op. cit.) à l'expédition
des causes. Enfin, il s'obligeait à plaider debout et
derrière le premier banc. Et devrait-on ajouter en
français et en robe ! Il faut attendre le décret du 14
décembre 1810 et la loi du 22 ventôse an XII (13 mars
1804) relative aux écoles d'avocat pour que le serment
soit refondu et l'ordre des avocats rétabli.
L'impétrant s'engageait " à ne rien dire ou
publier, comme défenseurs ou conseils de contraire aux
lois, aux règlements, aux bonnes mœurs, à la sûreté
de l'État et à la paix publique, et de ne jamais
s'écarter du respect dû aux tribunaux et aux
autorités publiques ".
MALHEUR A
CELUI QUI L'AURAIT OUBLIE, ON NE LE LUI PARDONNAIT QUE
RAREMENT !
Magloire Dorange, alors jeune et
talentueux avocat breton, auteur d'une plaidoirie si
exceptionnelle qu'elle est passée à la postérité dut
défendre en 1851 Hélène Jegado. Le 6décembre 1851,
s'ouvrait dans le Palais de Justice de Rennes , le plus
grand procès criminel que la capitale bretonne ait
connu au 19ème siècle.Hélène JEGADO, cuisinière de
son état, y répond de plusieurs dizaines
d'empoisonnements; 35 auraient été homologués, un peu
plus suivant d'autres, mais on ne prète qu'aux
riches.Elle a choisi un tout jeune Avocat de 24 ans :
Magloire Dorange qui, seul, au cours de 9 audiences, qui
commençaient à l'époque à MIDI, pour se terminer
souvent très tard dans la nuit, assurera sa défense.La
partie n'est pas facile, Hélène JEGADO nie
l'évidence, la main sur le coeur "Monsieur le
Président, je vous le dis franchement, comme à
l'Angélus "Mais les faits sont têtus; partout où
elle passe, elle sème le deuil et c'est elle-même qui
l'annonce fièrement à ses employeurs."Partout où
je vas, la mort me suit".La boutade plut aux
demoiselles Keraly qui auraient pourtant dû se méfier,
car, quelques semaines plus tard, leur malheureux Père
les quittait pour toujours, à la façon de la Jegado :
une "bolée de bouillon aux herbes",
assaisonnée, il est vrai, d'une "pincée
d'arsenic.Elle terrorise ceux qui l'approche, qui voient
en elle une sorcière, une femme " au foie blanc
".Elle a toutefois commis une erreur dans le choix
de son dernier employeur, Monsieur Bidard de la Noe,
Avocat à la Cour, Professeur de Droit pénal à la
Faculté, futur député Maire de Rennes, plus
perspicace que les autres, après avoir tout de même
enregistré, dans sa domesticité, 3 empoisonnements,
dont 2 mortels. Le procès commence mal. Magloire
Dorange est très affecté par les évènements
politiques qui bouleversent sa conscience
Républicaine.Son ami, son Grand Ami, le Docteur Baudin,
un des hommes qu'il admire le plus, Représentant de la
Nation, vient d'être tué à PARIS.Ce n'est pas
n'importe qui Baudin.C'est l'homme qui est mort par
gloriole, sur la barricade du Faubourg Saint-Antoine, le
3 Décembre 1851, au petit matin, simplement pour
montrer à ceux qui 1' insultaient, lui et les
Parlementaires qui l'accompagnaient, comment "on
meurt pour 25 francs par jour.Il l'avait cité comme
témoin.Raspail, le savant chimiste, qui dans l'affaire
Lafarge, confondit l'expert Orfila, est en prison, pour
avoir manifesté des sentiments un peu trop libéraux.ll
l'avait aussi cité comme témoin.L'administration
refuse son transfert et Magloire Dorange ne peut même
plus exercer un recours en Conseil d'Etat, balayé par
le coup d'Etat.Le docteur Guepin, grand médecin,
Conseiller Général de Nantes, est retenu par les
évènements dans sa circonscription.Il était, lui
aussi, témoin de la défense.Magloire Dorange, la
veille de laudience, écrit au Premier Président Boucly
et lui demande de ne pas lui refuser le renvoi.La lettre
vaut la peine: "Les derniers évènements,
Monsieur le Premier Président, m'avaient déjà
vivement impressionnés,quant, hier, j'ai été
foudroyé par la triste nouvelle de lamort de mon pauvre
ami Baudin, représentant du Peuple, tué en voulant
défendre la constitution.Baudin avait été appelé par
moi pour venir au proces. La défense devait se produire
surtout en s'étayant sur les données que pouvait
fournir sa science médicale bien connue. La défense
est donc démentelée, sans qu'il soit possible de la
rétablir en 24 heures, plus encore que la défense,le
défenseur est atteint jusqu'au coeur. Il n'a plus en ce
moment, ni soin ni tranquilité d'esprit. Il n'est plus
capable de concevoir, ni d'exprimer des idées, Il
manquerait donc à son devoir s'il avait la témérité
de tenter des efforts qu'il n'est pas capable de
produire."A l'ouverture du procès, il prend des
conclusions aux fins de renvoi : elles valent aussi la
peine" Attendu, en ce qui concerne Raspail, que les
évène ments révolutionnaires qui s'accomplissent ne
permettent pas à Héléne Jegado de traduire le
Ministre de l'intérieur devant le Conseil d'Etat,
violemment dispersé, afin de pouvoir juger que Raspail
et l'administration devaient obéir à l'assignation qui
leur a été notifiée.Attendu, en ce qui concerne
Baudin, que le citoyen Baudin représentant du Peuple, a
été glorieusement tuédans une rue dc PARIS, en
défendant la constitution violée par l'ex-chef du
pouvoir exécutif."Quel courage ! Quelle
inconscience! Il en fallait moins que celà en décembre
1851, pour se faire radier définitive du Barreau.Le
Procureur Général persiffla en invitant l'Avocat à,
(citons ses propos ) :"faire appel à l'énergie
de son "caractère ", ajoutant que si
Magloire persistait à arguer "de son
impuissance " le Bâtonnier lui désignerait un
Avocat d'office; et ,souligne Monsieur le Procureur
Général : "La Cour aura plaisir à
l'entendre"."On parle, réplique-t-il, de
faire appel à un autre, pour assurer la
défense.Charger un honorable Avocat, si habile qu'il
puisse être,"de plaider instantanément une
affaire qui exige, ne serait-ce ce que superficiellement
étudiée, 8 jours de travail, c'est"chose
impossible". L'homme politique revient à la
charge, dans cette adresse au Procureur Général "d'ailleurs,
au nom de quelle autorité suprème Monsieur le
Procureur Général pourrait-il bien requérir
aujourd'hui ?Au nom du Peuple Français et au nom de la
Constitution ? Ou bien au nom de l'ex-Président de la
République ?" Il n'eut pas son renvoi. Mais,
(mieux, ou pire ), la Cour ordonna d'office que soient
supprimés de ses conclusions les 3ème et 4ème
paragraphes, jugés injurieux pour le nouveau Chef de
l'Etat et susceptibles, jugeait-elle, de troubler
l'ordre public.Peut-être ne faut-il d'ailleurs voir,
dans la décision du Premier Président que la volonté
de ce Haut Magistrat d'éviter à un jeune Avocat bien
des désagréments, en supprimant toute preuve de son
impertinence.
Le défenseur ne manqua pas, au cours
des débâts, d'énergie,de talent, de subtilité..En
ces temps là, où les droits de la défense n'étaient
guère assurés, comme ils le sont maintenant, le
Procureur Général pouvait répliquer et il le fit :"Je
ne puis laisser sans protestations, les théories
singulières et les assertions tendancieuses qui ont
échappées à un jeune Avocat dans l'entrainement de sa
parole.La défense a appelé à son aide la physiologie,
la phénoménologie, la psychologie, la morale
chrétienne, que sais-je encore ?On s'égare facilement,
Messieurs, dans le monde des idées, rien n'est plus
malaisé que d'y suivre le droit chemin." La
plaidoirie de Magloire DORANGE est passée à la
postérité.Elle a été abondemment publiée et, plus
particulièrement, par Proudhon, dans les causes
célèbres de tous les Peuples. Nonobstant cette belle
plaidoirie, Hélène JEGADO n'échappa pas à son sort
et il ne restait plus qu'à solliciter sa grâce du
Prince-Président..Magloire Dorange se voyait mal,
après avoir fustigé à l'audience l'ex-Président de
la République, faire le voyage de Paris pour le
convaincre de se montrer compatissant, mais surtout il
ne voulait rien devoir, et partant, rien demander à
Badinguet .Dans un concours de foule exceptionnel,
Magloire Dorange dût accompagner sa cliente jusqu'aux
marches de l'échaffaud
Mais quel hommage au talent que
l'assaut de Monsieur el Procureur Général !! Les
fâcheux, qui n'oublient rien, exhumèrent dix ans plus
tard, non sans malice, un incident librement et
lâchement interprété. À l'énoncé du verdict
acquittant sa cliente, Anne Gauciron, accusée
d'infanticide, la femme se précipita pour embrasser son
sauveur mais fut repoussée par Magloire, surpris, si
durement qu'elle en chut dans le box. La rumeur se
chargea d'y adjoindre la surprenante exclamation… "
Arrière infâme ". Ébruiter tardivement la
calomnie l'obligea à s'expliquer auprès de son
Bâtonnier qui le contraint à se justifier dans une
lettre publique. L'indépendance a ses ennemis et ses
gardiens aussi.
Ce serment voulu par l'empereur, dans
l'esprit que l'on sait n'entravera pas le talent de Me
Demange au soutien de Dreyfus (alors que la sûreté de
l'État était en jeu) ou l'impertinence de Me de
Moro-Giafferi, n'hésitant pas à interpeller un avocat
général " Monsieur l'avocat général, je vous
prie de ne point oublier que si, dans cette enceinte,
vous vous trouvez assis à votre siège de Ministère
public, à même hauteur que Monsieur le Président en
son fauteuil, vous ne le devez qu'à une erreur de
menuisier ". Insolence annonçant un débat
insolite et singulier ayant occupé les juristes les
plus sérieux de nos parlementaires lorsqu'en séance au
sénat, le 16 avril 1997, fut rejeté un amendement
tendant à voir engager d'importants travaux pour
amputer le parquet de sa hauteur pour redescendre à
l'altitude du barreau dans un souci d'égalité des
parties au procès. Le débat fut farouche et
l'amendement rejeté. Il est des préséances qui ont la
vie dure ! L'article 24 du Nouveau code de procédure
civile dispose que : " Les parties sont tenues
de garder en tout le respect dû à la justice. Le juge
peut, suivant la gravité des manquements, prononcer,
même d'office, des injonctions, supprimer les écrits,
les déclarer calomnieux, ordonner l'impression et
l'affichage de ses jugements ".
L'AVOCAT :
LIBRE & INDEPENDANT
Le respect du serment n'est pas un
obstacle, loin de là, à un exercice passionné,
honnête et compétent de la profession sous toutes ses
formes. Camus, avocat au Parlement et censeur royal,
évoque dans ses " Lettres sur la profession
d'avocat " une ordonnance de 1707 applicable en
Lorraine assurant aux avocats " sous la
protection du souverain, une liberté absolue d'employer
leur ministère, soit en plaidant, soit en écrivant,
soit en consultant contre toute personne, de quelque
rang, qualité, naissance ou dignité qu'elle soit… il
sera procédé extraordinairement contre les coupables
et il en sera fait une punition exemplaire à la
satisfaction de la partie offensée et du public ".
L'immunité moderne accordée à l'avocat en 1829 (par
Charles X… pour revenir sur les errements
napoléoniens !), en sa plaidoirie, est une copie assez
pâle de cette " liberté absolue ",
c'est-à-dire accomplie.
Sous l'autorité bienveillante du
Bâtonnier, " primus inter pares ",
élu et choisi librement, l'avocat exerce en toute
indépendance, fors peut-être l'indépendance
économique. Il est membre d'une corporation active et
jalouse de ses prérogatives. Le barreau a su se mettre
en grève avant que cela fut une loi à valeur
constitutionnelle : dès 1602, s'opposant à une
mercuriale du Parlement de Paris appliquant l'article161
de l'ordonnance de Blois leur imposant de signer et
parapher de leur main le montant de ce qu'ils avaient
reçu pour salaire, ils protestèrent si vivement que
Henri IV fit cesser la grève. Un triomphe du droit de
grève pour préserver la liberté financière. Acteur
de l'économie libérale, souvent en charge d'une petite
entreprise, (quand il ne s'agit pas d'un cabinet
structuré et international), il doit veiller à la
juste rémunération de son travail. Partagé entre le
don de son talent et les nécessités de la vie moderne,
il ne peut se satisfaire du " don spontané de
la reconnaissance du client ". Il n'échappe
plus à la facture et à la TVA. Mais là n'est pas le
sujet. Que soit simplement, pour le plaisir de la
controverse, cité encore Camus " Il recevra des
honoraires ; mais certainement il estimera trop son
zèle et ses veilles, pour croire qu'on puisse les
évaluer à prix d'argent et qu'une certaine quantité
d'or en soit une digne récompense. Les honoraires sont
un présent par lequel un client reconnaît les peines
que l'on a prises à l'examen de son affaire ; il n'est
pas extraordinaire de manquer à le recevoir parce qu'il
n'est pas extraordinaire qu'il se rencontre un client
sans reconnaissance ; dans quelques cas que ce soit, ils
ne sont jamais exigés. Une pareille demande serait
incompatible avec la profession d'avocat et au moment
où on la formerait, il faudrait renoncer à son état
" (1777). Qu'on se le dise !
Les ordres veillent jalousement non
seulement à la dignité et la promotion de la
profession, mais également à la sauvegarde de la
liberté professionnelle. Philippe VI de Valois en 1327
redonna vie à cette institution justinienne. L' "
Ordo " avait pour chef son Doyen et regroupait
les avocats : " L'avocat est chevalier es lois,
il est assimilé aux chevaliers militaires, car il
combat lui aussi pour défendre les pauvres et les
humiliés ", (Damien, op. cité).
Anéantis à la Révolution par la loi
Le Chapelier, ils sont de nouveau structurés par la loi
du 13 mars 1804 et le décret du 14 décembre 1810, sous
la surveillance active de Napoléon qui, craignant
peut-être l'impertinence du barreau, souhaitait les
conserver sous sa main. Le père du Code civil n'avait
pas craint d'écrire à Cambacérès : " Je veux
qu'on puisse couper la langue à un avocat qui s'en sert
contre le gouvernement ". Reconnaissons-lui au
moins le privilège de la tyrannie sans langue de bois !
Héritier autoproclamé des Lumières, il eut été
inspiré de méditer les discours sur l'indépendance de
l'avocat du chancelier d'Aguesseau (sous l'Ancien
régime obscurantiste !) flattant l'ordre des avocats :
" un ordre aussi ancien que la magistrature, aussi
noble que la vertu, aussi nécessaire que la justice
".
L'ordre doté de la personnalité
juridique par l'ordonnance du 27 août 1830 assure une
mission de surveillance et de discipline, de formation
et de promotion, mais aussi de mémoire. Au XVIIe
siècle naquit ce personnage essentiel alors élu par la
confrérie religieuse et doté du bâton prioral
surmonté d'une statue de Saint Nicolas : le Bâtonnier,
chef incontesté et représentant officiel de la
profession auprès des chefs de juridiction. Désormais,
au-delà des représentations syndicales, la profession
a son parlement le Conseil national des Barreaux,
composé d'élus de la profession et en charge de
missions nombreuses et complexes. Il ne se substitue pas
cependant au Bâtonnier qui, localement, demeure
l'autorité et détient personnellement un pouvoir
important, partagé avec le Conseil de l'ordre
également élu.
UNE VIEILLE
ET LONGUE HISTOIRE
Non, ce n'est pas le plus vieux
métier du monde ! Le bâtonnier Damien (op. cit.),
maître incontesté de la déontologie et du barreau, en
évoque magistralement l'Histoire, dénonçant l'idée
commune qui le ferait naître sous l'Antiquité, les
Grecs n'ayant connu que des logographes (obscurs
rédacteurs de Discours), et les Romains ne lui ayant
donné de statut particulier que sous Justinien Ier (bas
empire), organisant un ordre, dont la particularité
remarquée à ce jour serait d'avoir connu le numerus
clausus.
Mme de Leseleuc (Historia,
février 2001) rend aux " bavards "
gaulois leurs lettres de noblesse et rappelle que
formés à Marseille, Autun (plus grande université des
Trois Gaules) ou Bordeaux, ils furent parmi les plus
grands avocats du monde antique, prirent la toge pour
costume à partir du IIIe siècle et devinrent des
Maîtres du barreau à Rome qui leur faisait (déjà !)
interdiction de critiquer l'autorité impériale. Que
leurs noms soient laissés à la postérité : Ursulus
(Toulouse), Cossus, Rufus (Vienne), Atléas (Arles),
Gobinianus. Las ! Démosthène (384-322) (mâchait-il
vraiment des cailloux pour se mieux faire entendre ?)
fut un logographe assidu, se consacrant pendant trois
ans à ses propres procès pour récupérer la fortune
paternelle confiée à des tuteurs indélicats à la
mort de son père. Son éloquence ne l'emportait en rien
sur sa fine connaissance du droit qui le conduisit à
écrire nombre de belles plaidoiries civiles ("
Contre Leptine "). Cicéron (106-63 av. J.-C.),
c'est connu, a mal tourné. Rome distinguait les avocats
formés à la philosophie et à la rhétorique et les
juristes chargés de donner un avis gratuit et impartial
(Respondere, cavere, agere : consulter, rédiger,
prêter assistance) sur le droit sans s'attarder à
l'analyse factuelle. Ciceron témoigne que le
jurisconsulte Aquilius Gallus répondait invariablement
aux plaideurs ; " Cela ne concerne en rien le
droit, allez voir Cicéron ". Sénèque, versé
dans la Philosophie (" Lettres à Lucilius ")
sera un avocat brillant, supérieur, dont les succès
agaceront le pouvoir au point que Claude l'exilera en
Corse (41 apr. J.-C.) pour revenir, précepteur de
Néron. Tous trois ont ce sceau particulier de nombre
d'avocats dans l'Histoire : orateurs, il sont aussi gens
de plume, tantôt avocats médiocres (P. Féval),
tantôt géniaux (pour notre époque : J.-M. Varaut, R.
Badinter, J. Vergès… que les omis le pardonnent).
Rhétoriciens, ils aiment convaincre et se plaisent en
politique (Robespierre, Saint-Just, Berryer, Grévy,
Gambetta, Poincaré, Briand, Monnerville, E. Faure, M.
Faure, Mitterrand, Badinter, Sarkozy, Lepage, Forni…
ce choix étant totalement aléatoire et injuste,
évidemment). Intéressante serait l'étude visant à
vérifier s'il existe une circonscription législative
qui n'ait connu sinon un élu du barreau, du moins, un
candidat.
Revenons en arrière. Un capitulaire
de 802 évoque sous l'autorité de Charlemagne les
avocats, mais il faut attendre Philippe III le Hardi
pour qu'en octobre 1274 il s'octroie un titre protégé
à jamais " Maître " et que lui soit accordé
un salaire maximum fixé à 30 livres. En 1327, la
réglementation s'affine et un examen préalable est
créé. L'avocat est alors un acteur essentiel de la
Justice et quiconque atteint l'intégrité corporelle
d'un homme de robe est menacé d'excommunication. 11
Mars 1344, un arrêt du Parlement de Paris, qui instaure
le monopole de la plaidoirie, distingue les avocats
consultants (les consilarii, porteurs d'un
manteau écarlate) des avocats plaidants (les
advocatti, en manteau violet) et des simples
auditeurs ou stagiaires (les audientes ou novi
manteau bleu). Le manteau est porté sur la soutane
talaire et le chef est constitué d'un bonnet carré
(qui deviendra rond un peu plus tard !). À compter de
cette date, le Parlement s'arroge le droit de décider
des règles déontologiques, ce qui coïncide avec le
serment précité.
Après avoir profité de la protection
de saint Nicolas, la profession s'offre saint Yves,
saint patron des gens de robe qui a pris définitivement
le pas sur son auguste prédécesseur. Il faut assister
chaque année, en mai, au pardon de Tréguier, en
l'honneur de saint Yves. Grand'messe dans la cathédrale
fourmillante de juristes de tous pays dans leur costume
suivie d'une procession derrière la châsse contenant
les reliques du saint en direction de la chapelle qui
lui est dédiée : c'est un extraordinaire moment de
communion entre gens de robe (catholiques ou non). Yves
Hélary de Kermartin (1253-1303), de noble extraction,
suit ses études à Orléans pour rejoindre
l'officialité de Rennes, puis en 1284 de Tréguier. Les
témoins qui déposeront au procès de canonisation de
1330 évoqueront un homme pieux, ascétique, éloquent,
travailleur, chaste, cultivant le goût de la pauvreté
et prêchant humblement. Jean-Paul II (Discours aux
pèlerins du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, du
31 mai 2003) a loué le saint : " Serviteur de
justice, il invite les hommes de bonne volonté à
bâtir un monde de Paix, fondé sur le respect du droit
et sur le service de la vérité ".)
L'Ancien Régime, à l'époque des
" Lumières ", a rarement déçu le barreau et
l'exercice de la profession, dans les limites de
l'époque, fut souvent facilité. La loi Le Chapelier
interdit les corporations et partant l'organisation de
la profession, laissant libre cours à l'exercice
individuel du métier (apparurent les " défenseurs
officieux ") au nom bien entendu de la liberté
du commerce et de l'industrie et de l'abolition des
contraintes corporatistes. Il seront rétablis par… le
costume puis par la loi de ventôse an XII. S'ouvrent
alors deux siècles prestigieux. L'ordonnance du 27
février 1822 a institué le monopole de la plaidoirie,
et le principe des élections ordinales est acquis avec
l'ordonnance du 27 août 1830. La liberté, un temps
bridée en 1852, fut restaurée sous la République à
la grande joie du barreau qui ne fut pas ingrat envers
son bienfaiteur républicain. Les grands procès, le
Pouvoir et la Politique… le grand siècle du barreau
entre les mains duquel le destin du pays s'est souvent
trouvé : Gambetta, Poincaré, Briand, Mitterrand…
Nulle autre profession n'aura autant contribué à la
vie du pays. Elle a aujourd'hui, dans une société de
communication au verbe haut, un avenir prodigieux. Un
besoin de droit crucial lui confère une fonction de
jurisconsulte romain tandis que la vie judiciaire, sous
les feux de la rampe, lui offre un tremplin. Y a-t-il un
journal télévisé sans qu'un journaliste ait le besoin
d'interroger un avocat ? Justice soit rendue à ces
milliers d'avocats d'hier et d'aujourd'hui, civilistes,
commercialistes, publicistes, ruralistes, spécialistes
de la famille, des enfants et du droit du travail, ils
assument toujours une défense même dans le conseil
donné avant tout procès… Privilégiant le conseil ou
l'activité judiciaire, ils méritent tous l'éloge pour
un travail quotidien difficile au soutien des intérêts
du client. La loi du 31 décembre 1900 et le décret du
27 novembre 1991 ont uni le destin des avocats
traditionnels (même s'ils ne limitaient pas leur art à
la simple plaidoirie, mais prodiguaient d'utiles et
pertinentes consultations) et des conseils juridiques,
spécialisés dans le conseil en certaines matières
spécifiques tels le droit des sociétés ou le droit
fiscal. La nouvelle profession puise sa force dans sa
technicité et son dynamisme, et demeure attachée à sa
mission première, la défense des intérêts qui se
conçoit dans toute mission qui lui est confiée.
Justice soit aussi rendue aux femmes, toujours
talentueuses, subtiles et opiniâtres, accueillies,
enfin, par la loi du 1er décembre 1900 (enfant de
Poincaré). Il était temps ! Leur entrée, bien que
tardive dans la profession, lui a donné un nouvel
essor.
PETITE
GALERIE DE PORTRAITS
Il est cruel de ne pouvoir citer tous
les grands maîtres tant ils sont nombreux et leur
talent mérite évocation. Quelques noms symboliques
illustrent l'essence philosophique de ce métier unique,
souvent critiqué, mais à la source d'un si fort
imaginaire : littérature, cinéma, feuilletons
télévisés… : en littérature, au cinéma, dans des
feuilletons (plus ou moins heureux cependant)…
* Jugé par une cour d'assises et
acquitté (1832), élu Bâtonnier par ses pairs,
Berryer, à l'éloquence prodigieuse, connut un destin
romanesque, ayant trempé dans l'épopée chevaleresque
de la duchesse de Berry (merveilleusement retracée par
La Varende, " Man d'arc "), défendu
Chateaubriand, Lamennais et le Maréchal Ney qui,
trouvant subtil d'échapper à ses juges, contraint son
conseil à invoquer l'incompétence du Tribunal composé
de ses pairs, ce à quoi il parvint à la grande
satisfaction de son client. L'actualité récente a
ravivé le débat sur le droit pour un jeune
académicien de renoncer à la visite protocolaire au
chef de l'État. Berryer, élu en 1852, s'en abstint…
motif pris qu'il eut été désagréable à Napoléon
III de recevoir l'avocat qui l'avait défendu dans
l'affaire de Boulogne !
* Me Paillet, défenseur de Mme
Lafarge, mérite une mention, pour avoir défendu, dans
une affaire majeure de l'histoire judiciaire, une
cliente accusée d'empoisonnement et condamnée aux
travaux forcés à perpétuité. Il déploya son talent
et acheva ainsi sa plaidoirie : " Vous vivrez
pour vos juges eux-mêmes, vous vivrez comme un
témoignage glorieux pour la Justice humaine, quand elle
est confiée à des mains pures, à des esprits
éclairés, à des âmes sensibles et compatissantes
" ! Qui dit mieux ?
* Me Demange et Me Labori, ardents
défenseurs de Dreyfus, dans la tourmente politique
nationale et les passions exacerbées, au prix d'efforts
que l'on devine, firent face et évitèrent à leur
client la peine capitale. Me Demange, trahi lorsque fut
remis subrepticement après sa plaidoirie un dossier
secret au juge (peut-on l'imaginer ?), tandis que Me
Labori fut agressé lors du second procès. C'était la
France d'alors !
* Vincent de Moro-Giafferi, corse de
naissance et de cœur, va traverser son temps, impétueux,
génial, redouté et respecté. Éloquence,
improvisation oratoire, humour et intelligence. Rien ne
lui manque. Tout lui réussit. Il a défendu Landru,
madame Weiler, Arlette Stavisky, le sénateur Humbert…
Il s'est commis en politique, fut élu président de la
Haute Cour de Justice (1956), député de la Corse… Il
avait demandé à l'autorité allemande le droit de
défendre Dimitrov, accusé d'être l'un des
incendiaires du Reichstag. Refusé ! Alors, il plaide à
Paris, salle de Wagram : " L'assassin,
l'incendiaire, l'auteur du crime du Reichstag, c'est toi
! ". Il reste un modèle.
* Maurice Garçon, académicien, fut
honoré d'un merveilleux discours lorsque Paul Morand
prit son siège (le 11ème) le 20 mars 1969. Le grand
écrivain y décrivit la carrière exemplaire de celui
qui marque par son élection en 1946, le retour du
barreau sous la coupole. Dorgelès (émission
radiodiffusée le 6 janvier 1968) dit de lui : "
Il menait ses plaidoiries comme on fait de l'escrime. Il
esquivait, paraît, feintait, puis se fendait et portait
son coup droit. Il s'entendait mieux que quiconque à
dérouter ses adversaires. Ainsi, lorsque déposait un
témoin à charge, il affectait de s'en désintéresser
et s'amusait à dessiner. Pourtant, il n'avait pas perdu
un mot et tout à coup, découvrant une contradiction,
il se dressait, brandissant une pièce du dossier ".
Il est vrai qu'il dessinait beaucoup et écrivait encore
plus, se passionnant pour la sorcellerie (" Le
diable ", 1926), mais aussi l'histoire
judiciaire (" Histoire de la justice sous la
IIIe République "), les grandes histoires,
mais aussi (surtout) le droit, laissant un incomparable
" Code pénal annoté ".
* ALBERT NAUD, INFATIGABLE HOMME DE LA
DEFENSE, CELUI QUI DESIRAIT TANT " LES DEFENDRE
TOUS ", CELUI QUI AVEC ÉMILE POLLAK, FUT UN
ABOLITIONNISTE CONVAINCU, DEBUTA DANS LA PRESSE COMME
REDACTEUR DE L'ECHO DE PARIS, JOURNAL D'HENRI DE
KERILIS, ET AU BARREAU COMME COLLABORATEUR NOTAMMENT DE
POINCARE. RESISTANT DE LA PREMIERE HEURE, IL REPREND SON
ACTIVITE, RENONÇANT A DEFENDRE LAVAL DANS UN CONTEXTE
QU'IL DESAPPROUVAIT, MAIS SE PRESENTANT AUX COTES DE
CELINE (RATTRAPE AU DANEMARK PAR UN MANDAT D'ARRET DU 19
AVRIL 1945) QU'IL ASSISTERA JUSQU'EN 1951. GRAND AVOCAT
D'ASSISES, FIN JURISTE, SES SUCCES ET SES COMBATS ONT
MARQUE LES MEMOIRES ET RESTENT UN MODELE.
* INCONTESTABLEMENT, ROBERT BADINTER
RESTERA DANS L'HISTOIRE. MAITRE D'ŒUVRE DE L'ABOLITION
DE LA PEINE DE MORT. SON INESTIMABLE COURAGE, SA FOI
DANS CE SACERDOCE LUI PERMETTRONT DES LES PREMIERS JOURS
DU SEPTENNAT DE FRANÇOIS MITTERRAND DE FAIRE ABOUTIR CE
PROJET MONUMENTAL - SON ESPOIR -, QUI PERMETTAIT A LA
FRANCE, CELLE-CI N'HESITANT JAMAIS A S'HONORER DE SA
FIDELITE AUX DROITS DE L'HOMME, DE NE PLUS ETRE LE
DERNIER BASTION DE LA GUILLOTINE. À SES COTES, DES
HOMMES DE TOUS BORDS ONT LUTTE, LA GAUCHE POLITIQUE SE
DECLARANT ABOLITIONNISTE, MAIS LA DROITE N'ETANT PAS EN
RESTE (PHILIPPE SEGUIN, JACQUES BARROT, JACQUES CHIRAC
ET BIEN D'AUTRES). " L'ABOLITION ",
ŒUVRE MAJEURE DE BADINTER ECRIVAIN, DOIT ETRE LUE : ON
Y COMPRENDRA DANS CES PAGES BOULEVERSANTES QUELLE FUT
CETTE HISTOIRE, MAIS AUSSI L'HUMILITE, LA PEUR ET LE
SENS DE LA MISSION DE L'AVOCAT AVANT DE PLAIDER.
ASSOCIONS A CET HOMMAGE LE BATONNIER BOCQUILLON, DU
BARREAU DE CHAUMONT, QUI S'ETAIT SAISI D'OFFICE DES
INTERETS DE PATRICK HENRY LORSQUE PERSONNE NE
L'ASSISTAIT. L'EVOCATION DES SUCCES QUI SUIVIRENT EST UN
TEMOIGNAGE UNIQUE DES DOUTES DU DEFENSEUR… IL A ENTRE
SES MAINS LA VIE, IL EST LE RECOURS ULTIME, LE DERNIER
REFUGE DE L'ACCUSE.
LORSQUE LE
PALAIS N'EST PLUS LE PALAIS : OU LA PERTE DES VALEURS
COMMUNES
M. Burgelin, procureur général près
la cour de cassation, s'exprimait brillamment, et non
sans nostalgie, à l'occasion d'un récent colloque
(Gazette du Palais, 28, 29/01/2004) : " Un
palais de justice était autrefois un lieu de
rencontres. La salle des Pas perdus s'animait vers
treize heures, chaque jour. Avocats et magistrats se
croisaient, s'arrêtaient, causaient, repartaient. Trois
heures durant, s'échangeaient mille propos sur l'air du
temps, le changement de ministère, le dernier arrêt de
la cour, l'affaire à la mode. Le palais était
chaleureux et convivial, quelle que fut la passion des
débats. Tout cela est terminé. La salle des Pas perdus
s'est vidée. Chacun court à ses problèmes. On ne se
parle plus guère, le froid des lois et décrets s'est
substitué à la chaleur de la controverse ".
Débat et respect mutuel. Regrettons avec lui cette
époque et les temps modernes baignés des lumières de
la seule technique juridique et des échanges
électroniques.
Saluons-le encore et partageons,
sans hésitation, son vœu et sa conviction : "
Magistrats et avocats ne sont pas par essence des
ennemis inéluctables ". Il faut les écouter,
car ils ont des choses à dire. Ils sont au cœur de la
Cité et un relais entre la vie réelle et l'abstraction
juridique. Me Henri Leclerc, président d'honneur de la
Ligue des droits de l'Homme, ardent défenseur des
valeurs humanitaires, et J.-Y. Leborgne, Président de
l'association des avocats pénalistes ont, à l'annonce
du projet de la loi Perben, appelé à un moratoire
conjointement avec le syndicat de la magistrature, les
uns et les autres se retrouvant sur des valeurs
communes.
C'était au temps de la monarchie dite
" absolue ", au temps de l' " obscurantisme
" et bientôt de l'affaire Callas. En 1707, le
président Portail (Parlement de Paris) conviait les
anciens avocats à venir prendre place " sur les
fleurs de lys " c'est-à-dire d'assister aux
audiences de la cour en qualité de conseiller. Les
anciennes ordonnances donnaient aux avocats le titre de
conseiller, puisque chaque année, étaient choisis les
plus recommandables pour leur savoir et leur
expérience. Leur avis serait sollicité pour les
affaires importantes. Peu avant la Révolution, à
l'audience de rentrée, le greffier donnait la liste des
avocats invités à s'asseoir auprès des conseillers du
parlement et dont les avis seraient requis. Nos anciens
le savaient : il faut les écouter, car ils ont des
choses à dire !
François-Xavier
GOSSELIN
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