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Distilbène : la responsabilité
d'UCB PHARMA confirmée

 

Après l'arrêt de la Cour de Cassation consacrant la responsabilité de la société UCB-Pharma dans la distribution du médicament Distilbène, le Tribunal de Grande Instance de Nanterre vient d'indemniser la famille d'une victime à hauteur de 344 000 €.

Le diéthylstilbestrol, hormone de synthèse distribuée sous la marque Distilbène, a été prescrite aux femmes enceintes à partir des années 50 pour prévenir les fausses couches, les risques de prématurité et les hémorragies de la grossesse.

Des études ont rapidement mis en cause la dangerosité du produit chez les enfants exposés in utero, et démontré que les femmes étaient en particulier sujettes à des risques accrus de cancers, de malformations, ou de stérilité.

C'est ainsi que Mme B., née en 1968 d'une mère traitée au Distilbène durant sa grossesse, a été atteinte en 1992 d'un cancer du vagin (adénocarcinome invasif à cellules claires), nécessitant une hystérectomie (ablation de l’utérus), curage ganglionnaire et reconstitution vaginale par greffe cutanée.

En 1994, elle a décidé de saisir le Tribunal de grande instance de Nanterre afin de voir reconnaître la responsabilité de la société UCB Pharma, fabricant du Distilbène, et obtenir l'indemnisation de son préjudice.

La difficulté était double car il s'agissait d'établir, non seulement d'établir la prise de Distilbène par la mère au moment de la grossesse, mais encore le lien de causalité entre ce traitement et le cancer, ce que contestait vigoureusement UCB PHARMA en plaidant l'incertitude scientifique.

Après expertise collégiale, le Tribunal de grande Instance de Nanterre a finalement considéré que si le Distilbène n'était pas la seule cause des cancers, il en augmentait "incontestablement le risque et d'une façon très hautement significative pour pouvoir être qualifié de risque majeur dans leur survenue".

Dans ces conditions, le Tribunal a estimé que la preuve du rôle causal du Distilbène, auquel la patiente avait effectivement été exposée in utero était rapportée par présomptions graves, précises et concordantes.

Le Tribunal a ensuite visé l'article L 221 – 1 du code de la consommation, édictant une obligation de sécurité de résultat à la charge du fabricant, pour retenir la responsabilité d'UCB PHARMA à raison de la seule défectuosité de son produit.

Une provision de 15244, 90 € a été allouée, sous bénéfice de l'exécution provisoire.

Ce faisant, le Tribunal a écarté la délicate question de la faute d'UCB PHARMA dans la distribution du produit dangereux à une période (1968) ou la nocivité n'était que partiellement discutée.

UCB PHARMA a relevé appel, ce qui a permis à la Cour d'Appel de VERSAILLES de pousser plus avant le raisonnement.

 Dans un arrêt du 30 avril 2004, la Cour a finalement confirmé le jugement en retenant toutefois la responsabilité d'UCB PHARMA sur un fondement juridique différent.

La motivation est intéressante:
La Cour a d'abord repris la position du Tribunal en ce qu'il avait jugé du lien de causalité entre la délivrance du produit et l'apparition du cancer.

 Mais elle a ensuite écarté l'application de la responsabilité contractuelle de l'article L 221- 1 du code de la consommation (il est vrai contestable) au profit d'une responsabilité délictuelle fondée sur la faute.

Elle a ainsi retenu la faute d'UCB PHARMA, pour avoir maintenu la distribution du Distilbène alors que des doutes étaient apparus dès les années 1953-1954 sur son efficacité et surtout son innocuité au terme de la littérature médicale expérimentale qui dès cette époque faisait état du risque de survenance de cancers très divers.

La Cour a même enfoncé le clou en notant qu' "après 1971, les nombreuses études expérimentales, des observations faites en clinique humaine et la position de la Food and drug administration américaine qui contre-indiquait l’utilisation du diéthylstilboestrol chez la femme enceinte auraient dû également conduire la société UCB Pharma à cesser la distribution du Distilbène pour son usage en cours de grossesse".

En conclusion, UCB PHARMA a "manqué à son obligation de vigilance et a commis une série de fautes en ne surveillant pas l’efficacité du produit litigieux, et ce, nonobstant les avertissements contenus dans la littérature médico-scientifique, notamment en 1939 et en 1962-1963 "

La Cour a donc adopté une position très stricte: il ne suffisait pas d'attendre la réalisation d'analyses plus poussées. Il fallait bien agir dès les premiers signes d'alerte émis par la communauté scientifique dans les années 50, c'est-à-dire vérifier l'efficacité du produit avant d'en cesser la distribution.

Sur pourvoi du Laboratoire, la Cour de Cassation a confirmé la position de la Cour d'Appel de VERSAILLES le 7 mars 2006 en des termes dépourvus de toute ambiguïté:

"Attendu que la cour d'appel qui a constaté qu'en 1968, en présence de la littérature scientifique faisant état dès les années 1953 – 1954 de la survenance de cancers très divers et comptes tenus de l'expérimentation animale qui démontrait que le risque carcinogène était connu, a pu en déduire que cette société avait ainsi manqué à son obligation de vigilance".

La position de la Cour d'appel est donc entérinée.

Sans doute faut-il se réjouir de cette position très tranchée de la jurisprudence visant à la protection de victimes souffrant de situations souvent dramatiques. Il appartient au professionnel d'appréhender les risques, de faire preuve de prudence face aux découvertes de la science, et de faire fi des intérêts commerciaux pour privilégier en toute hypothèse les impératifs de santé publique. A défaut il s'exposera à des contentieux en chaîne, souvent très coûteux. Gageons que la brèche ouverte par la Cour de cassation va entraîner des procédures multiples, pouvant aboutir à des indemnisations significatives. Concernant l'indemnisation définitive, le Tribunal de Grande instance de Nanterre vient de condamner le 13 octobre dernier UCB PHARMA à verser 344 000 € d'indemnités à la famille d'une jeune femme décédée des suites d'un cancer lié au Distilbène.

Maître Guillaume CHAUVEL
Avocat à la Cour
gchauvel@avocats-rennes.com

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