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La Chambre sociale de
la Cour de cassation a en effet réservé un sort
particulier à l'outil informatique, consacrant dans un
premier temps une forte protection au profit du
salarié.
Pour contrecarrer
cette position excessive, certaines entreprises se
sont dotées d'une charte d'utilisation des TIC.
Si la jurisprudence
évolue vers un équilibre entre pouvoir de l'employeur
et protection de la vie privée du salarié, la charte
d'utilisation des TIC reste plus que jamais un outil
indispensable pour la gestion de l'entreprise.
1. A
la recherche de l'équilibre perdu
La décision
fondatrice est le fameux arrêt NIKON (cour de
cassation. Sociale, 2 octobre 2001).
La Cour de cassation
a décidé que le salarié avait droit, même au temps et
au lieu de travail, au respect de l'intimité de sa vie
privée qui implique en particulier le secret des
correspondances.
Elle concluait que
l'employeur ne pouvait prendre connaissance des
messages personnels émis par le salarié et reçus par
lui grâce à un outil informatique mis à sa disposition
pour son travail, quand bien même l'utilisation
professionnelle était prohibée.
Cette solution a été
réaffirmée le 12 octobre 2004.
Aucun contrôle de
l'employeur ne pouvait en conséquence être exercé sur
les courriers électroniques personnels et plus
généralement sur les fichiers informatiques à
caractère non professionnel.
Ce raisonnement a
subi une première brèche le 17 mai 2005.
La Cour de cassation
a décidé que les fichiers identifiés par le salarié
comme personnels pouvaient être ouverts par
l'employeur :
- en cas de risque ou événement
particulier rendant impératif l'ouverture du fichier
;
- à condition que le salarié soit
présent lors de l'ouverture ou qu'il soit appelé à
être présent.
Une étape
supplémentaire a été franchie le 18 octobre 2006.
La Chambre sociale a
retenu que les dossiers et fichiers créés par un
salarié grâce à l'outil informatique mis à sa
disposition par son employeur pour son travail, sont
présumés, sauf si le salarié les identifie comme étant
personnels, avoir un caractère professionnel de sorte
que l'employeur peut y avoir accès hors sa présence.
La solution paraît
logique : l'outil informatique est mis à la
disposition du salarié pour les besoins de
l'entreprise et le temps de travail est celui au cours
duquel le salarié ne peut vaquer librement à ses
occupations personnelles.
Cette évolution
traduit la volonté de la jurisprudence de trouver un
équilibre entre données privées du salarié et pouvoir
de contrôle et de sanction de l'employeur.
2.
L'indispensable charte d'utilisation des TIC
La charte
informatique constitue un outil majeur pour corriger
les incertitudes de la jurisprudence, sanctionner les
abus, prévenir les risques et améliorer la
productivité.
3.
Outil de correction
La notion de courrier
professionnel non couvert par le secret des
correspondances n'est pas définie précisément par la
loi.
Si une proposition de
loi a été déposée avec pour objectif d'apporter une
définition légale, elle n'a pas été adoptée.
Dans l'attente d'une
avancée législative, la charte informatique permet de
fixer des règles pour la détermination des courriels
personnels.
Le Conseil de
Prud'hommes de NANTERRE a ainsi considéré qu'un
employeur avait pu prendre connaissance des messages
qui ne contenaient pas la mention " PRV " imposée par
la charte informatique pour les messages personnels,
sans violer le secret de la correspondance.
La notion de risque
envisagé par la Cour de cassation (pour permettre
l'ouverture même des messages personnels) n'est pas
davantage circonscrite.
Là encore, la charte
informatique apporte des réponses en fixant des
procédures précises et transparentes d'intervention
sur l'ordinateur du salarié.
4.
Outil de sanction
Il est impératif
d'annexer la charte informatique au règlement
intérieur en respectant le formalisme particulier
prévu par le Code du travail.
Cette annexion lui
confère une portée disciplinaire et autorise la
sanction des usages prohibés par la charte.
Le 21 décembre 2006,
la Cour de cassation a jugé que constituait une faute
grave le fait pour un salarié de se connecter sur le
poste informatique du directeur de la société, par
emprunt du mot de passe d'un autre salarié. La Cour a
retenu que ce comportement était contraire à
l'obligation posée dans la charte informatique en
vigueur dans l'entreprise. La charte a donc consolidé
la position de l'entreprise.
Une solution
identique a été retenue par la Cour d'appel de REIMS
pour une utilisation abusive et répétée de l'outil
informatique à des fins privées pendant le temps de
travail en méconnaissance de la charte informatique
intégrée au règlement intérieur.
5.
Outil de prévention des risques et d'amélioration de
la productivité
L'entreprise est
responsable des conséquences de l'usage, même à des
fins personnelles, de son système informatique par ses
préposés (un site internet créé par un salarié pendant
les heures de travail engage la responsabilité de
l'entreprise, CA AIX EN PROVENCE, 13 mars 2006).
La détermination dans
la charte, de l'usage autorisé des TIC, réduit ce
risque d'utilisation abusive et les conséquences
qu'elle peut entraîner.
La clarification des
utilisations interdites permet d'augmenter la
productivité.
La pénétration de
l'outil informatique au sein de l'entreprise a
augmenté la productivité horaire moyenne.
Cela suppose que
l'utilisation personnelle des TIC reste résiduelle.
La charte répond à
cette préoccupation en clarifiant les règles
d'utilisation et en autorisant la sanction des
comportements abusifs.
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