Retour sur un jugement prononcé par le Tribunal
administratif de NANTES le 13 juin 2006.
Par un jugement en
date du 13 juin 2006 (requête n°052243), le Tribunal
administratif de NANTES a condamné l'Etat à indemniser
une entreprise du préjudice qu'elle avait subi du fait
de l'illégalité de la décision d'un inspecteur du
travail.
Cette décision du
juge administratif nantais n'est pas particulièrement
novatrice. Mais l'affaire dans son ensemble illustre
ce que peuvent être pour une entreprise les
conséquences d'une décision prise illégalement par les
services de l'inspection du travail, que cette
décision soit au départ défavorable ou … favorable aux
intérêts de l'entreprise employeur !
Recours du salarié ou de l'employeur
Recours en annulation
:
En application des articles L.412-18
et L.425-1 du Code du travail, le licenciement des
délégués syndicaux et des délégués du personnel, dits
" salariés protégés ", ne peut intervenir qu'après
autorisation de l'inspecteur du travail.
Les décisions prises en la matière
par les inspecteurs du travail sont, en tant qu'actes
administratifs, justiciables des tribunaux
administratifs. Et il n'est pas rare que le juge
administratif annule de telles décisions, soit à la
demande de l'employeur auquel l'autorisation de
licencier a été refusée, soit à la demande du salarié
visé par la mesure de licenciement autorisée par
l'inspecteur du travail.
Les motifs d'annulation peuvent être
divers, les tribunaux administratifs contrôlant à la
fois le bien-fondé des décisions et le respect de
procédures administratives devenues très formalistes.
Recours indemnitaire :
En cas d'annulation de la décision
prise par l'inspecteur du travail, les conséquences
financières et indemnitaires ne sont, en général, pas
neutres, pour l'entreprise :
Dans l'hypothèse d'une annulation par le
juge de la décision refusant l'autorisation de
licencier, les conséquences financières peuvent être
importantes pour l'entreprise, voire très graves
lorsqu'il s'agit d'une entreprise en difficulté.
Songeons par exemple à la situation d'une entreprise à
laquelle l'inspecteur du travail refuse d'autoriser le
licenciement économique de plusieurs salariés "
protégés "…
Dans une telle hypothèse, l'entreprise a la faculté de
demander l'indemnisation du préjudice résultant pour
elle de cette décision, l'Etat étant responsable des
illégalités, nécessairement fautives selon la
jurisprudence, commises par ses services.
Dans le cas de l'annulation d'une décision
autorisant le licenciement, les conséquences
financières peuvent survenir après plusieurs années.
L'annulation de l'autorisation de licenciement ouvre
en effet au salarié la possibilité de se retourner
contre son employeur devant le Conseil des prud'hommes
dès lors que la procédure de licenciement se trouve
rétroactivement entachée d'irrégularité.
En cas de condamnation devant le Conseil des
prud'hommes à indemniser le salarié, l'employeur
dispose d'un recours indemnitaire contre l'Etat du
fait de la faute commise par ses services.
L'affaire jugée par le Tribunal administratif de
Nantes le 13 juin 2006
C'est une affaire de ce type qui a
été jugée par le Tribunal administratif de NANTES le
13 juin 2006.
Par une décision datant de 1998, un
inspecteur du travail avait autorisé une entreprise à
procéder au licenciement d'un délégué syndical.
A la requête du salarié et par
jugement du 13 octobre 2000, le Tribunal administratif
avait annulé la décision de l'inspecteur du travail,
pour un motif lié à l'incompétence territoriale de ce
dernier pour statuer.
L'entreprise avait interjeté appel,
mais la Cour administrative d'appel avait confirmé la
solution entreprise par les premiers juges, par un
arrêt rendu le 2 octobre 2003.
Fort de cette décision de justice,
le salarié avait saisi le Conseil des prud'hommes, en
se prévalant notamment des dispositions de l'article
L.412-19 du Code du travail, lesquelles lui donnaient
droit à l'indemnisation intégrale du préjudice qu'il
avait subi entre la date de son licenciement et celle
de la notification du jugement du Tribunal
administratif (calculé en tenant compte pour partie
des salaires qu'il aurait dû percevoir sur cette
période).
Le salarié obtint l'indemnisation de
son préjudice devant le Conseil des prud'hommes qui
fonda sa décision sur l'irrégularité du licenciement
due à … l'annulation de la décision d'autorisation
prise par l'inspecteur du travail.
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L'entreprise se retourna contre
l'Administration devant le Tribunal administratif et
obtint du juge une condamnation de l'Etat à
l'indemniser de son préjudice - qui représentait une
somme totale de plus de 30.000 € - dû à l'illégalité
commise par les services de l'inspection du travail.
Les entreprises qui envisagent de
présenter des recours doivent être attentives aux
délais de recours devant le juge administratif.
Les recours en annulation doivent
être présentés dans un délai de deux mois à compter de
la notification de la décision de l'inspecteur du
travail (sauf prorogation de ce délai par un recours
gracieux ou hiérarchique devant le ministre de
l'emploi).
Les recours indemnitaires doivent
faire l'objet d'une demande d'indemnisation préalable
adressée à l'Administration, et être présentés avant
l'expiration du délai de prescription de quatre ans
affectant dettes de l'Etat.