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L'éviction
irrégulière d'un marché public :
comment se faire indemniser ?
Par Maître
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes
Les entreprises sont souvent
candidates à l'obtention d'une commande publique (marché
de travaux, de fournitures ou de services). Si elles
estiment que leurs offres ont été irrégulièrement
rejetées par le pouvoir adjudicateur, elles peuvent
demander au juge administratif réparation du préjudice
qu'elles ont subi du fait de leur manque à gagner.
Pour obtenir réparation,
l'entrepreneur doit démontrer :
1. que son éviction
est irrégulière
2.
que son entreprise " n'était pas dépourvue de
toutes chances " de remporter le marché ou,
mieux encore, que son entreprise avait des " chances
sérieuses " d'emporter ce marché.
L'objet de la présente lettre n'est
pas de lister les très nombreuses illégalités dont
peuvent être entachés les marchés publics. La
jurisprudence administrative est en effet tellement
restrictive que l'on peut affirmer, sans trop de risque,
que la majorité des marchés publics français conclus
aujourd'hui sont illégaux.
Aussi, les développements qui
suivront ne concerneront que les modalités
d'indemnisation du candidat illégalement évincé.
En la matière, le juge administratif
raisonne en deux temps.
Il vérifie d'abord si l'entreprise
concernée avait certaines chances de remporter
le marché. Dans ce cas, l'entreprise a droit, en
principe, au seul remboursement des frais qu'elle
a engagés pour présenter son offre.
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Le juge s'attache ensuite à
rechercher si cette entreprise avait des
chances sérieuses d'emporter ce marché. Il
reconnaît alors à cette entreprise le droit
d'être indemnisée de son manque à gagner
incluant, nécessairement, les frais de présentation
de l'offre (Conseil d'état, 18 juin 2003,
Groupement d'entreprises solidaires ETPO
Guadeloupe, requête nº 249630).
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Bien évidemment, face à un candidat
privé d'une chance sérieuse de remporter le marché,
le juge administratif va adapter sa méthode de calcul
de l'indemnité au cas dont il est saisi.
En tout état de cause, il déterminera
le manque à gagner de l'entreprise en fonction du bénéfice
net qu'aurait procuré le marché si celle-ci
l'avait obtenu.
Le magistrat
apprécie ce manque à gagner en fonction de divers éléments
tels que :
le contexte concurrentiel (par exemple, le
manque à gagner représentera environ 10 % du prix du
marché dans le secteur du gros œuvre en bâtiment
contre 25 % en matière de construction navale) ;
la marge bénéficiaire habituellement réalisée
par le type d'entreprise concerné ;
le niveau de l'offre de prix par rapport au prix
du marché estimé par le pouvoir adjudicateur.
Du point de vue de la procédure,
l'entreprise dispose d'un délai de quatre années pour
adresser une demande d'indemnisation (précisément
chiffrée) à la personne publique concernée. Si cette
dernière refuse d'y faire droit, l'entreprise devra
alors saisir le Tribunal administratif compétent.
Certes, la procédure administrative
est traditionnellement longue mais l'indemnisation
quelle peut engendrer est non négligeable. Cette
indemnisation peut en outre avoir un véritable impact
sur l'image de marque et la réputation de
l'entreprise au sein d'un secteur concurrentiel très à
l'affût du succès ou de l'infortune des uns et des
autres. Elle a enfin une influence auprès des personnes
publiques qui prennent ainsi conscience du sérieux et
du professionnalisme de l'entreprise, éventuel
attributaire d'un prochain marché.
Me
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes.
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