|
L'éviction
irrégulière d'un marché public :
Le recours au juge du référé précontractuel.
Par Maître
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes
Dans le cadre de la
passation d’un contrat public, dès qu’elle a fait
son choix sur une candidature ou sur une offre, la
personne publique avise tous les candidats non retenus.
Elle doit alors respecter un délai d’au moins dix
jours avant de signer le contrat (article 76 du Code des
marchés publics). Dans ce laps de temps, le candidat
dispose d’un outil procédural pour lutter contre son
éviction irrégulière : la saisine du juge du référé
précontractuel.
Les modalités de saisine du juge :
Les personnes ayant
intérêt à agir devant le juge du référé précontractuel
« sont celles qui ont un intérêt à conclure le
contrat » et qui sont susceptibles d'être lésées
par un « manquement aux obligations de publicité
et de mise en concurrence auxquelles est soumise la
passation des marchés publics et des conventions de délégation
de service public » (article L 551-1 du Code de
justice administrative).
Sont donc concernés :
soit les candidats évincés de la procédure de
passation, y compris les anciens titulaires du contrat
en cours de renouvellement ;
soit les candidats potentiels empêchés ou
dissuadés de soumissionner en raison de la violation
des obligations de publicité et de mise en concurrence.
La saisine du juge
s’opère par simple requête adressée au Président
du Tribunal administratif compétent. Cette saisine doit
absolument intervenir avant la conclusion du contrat,
c’est-à-dire, avant la date à laquelle la personne
publique a signé l’acte d’engagement, (indépendamment
de toute notification, transmission au Préfet ou éventuelle
approbation). Dans le cas inverse, le recours sera jugé
irrecevable car tardif.
Par ailleurs, pour éviter
que la signature du marché n’intervienne entre le
jour du dépôt de la requête et la date d’audience,
il convient de demander au juge d’enjoindre à
l’administration de différer la signature du
contrat jusqu’au terme de la procédure et ce,
pour une durée maximum de vingt jours. L’audience
interviendra dans ce laps de temps.
Les
pouvoirs du juge :
Le juge du référé
précontractuel sanctionne objectivement la
violation des obligations de publicité et de mise en
concurrence « sans avoir à rechercher si ces irrégularités
sont à l'origine d'un préjudice causé à la société
requérante ».
A l’appui d’un référé
précontractuel, peuvent être invoqués différents
manquements tels que :
l’absence de toute publicité nationale et/ou
européenne ;
les irrégularités commises dans les avis de
publicité et/ou de pré-information ;
le défaut ou l’absence d’information cohérente
des candidats sur les documents nécessaires pour
formuler une offre ;
les irrégularités relatives aux capacités
techniques et aux obligations juridiques du candidat ;
le choix de critères de sélection irréguliers
;
les irrégularités commises dans la composition
de la commission d’appel d’offres ;
les manquements aux droits de la concurrence
interférant sur la procédure de passation tels que le
non-respect du délai prévu pour modifier le dossier de
consultation des entreprises ou le refus de communiquer
les motifs du rejet d’une offre au candidat qui ont
fait la demande.
S’il
ne lui appartient pas d’annuler le contrat lui-même,
le juge du référé précontractuel peut suspendre la
passation du contrat ou l’exécution de toute décision
qui s’y rapporte, il peut annuler toute décision
relative à la passation du contrat, il peut ordonner
à l’auteur du manquement de se conformer à ses
obligations et peut « supprimer les clauses
ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat
et qui méconnaissent lesdites obligations ».
Pour l’entreprise
candidate, le premier intérêt d’une procédure de référé
précontractuel réussie est de lui donner la possibilité
de candidater ou de recandidater au contrat souhaité.
Mais cette procédure est également le moyen
d’aboutir à une transaction financière venant
compenser la perte d’un tel contrat. Aujourd’hui, le
référé précontractuel est un outil procédural
rapide et efficace auquel il ne faut pas hésiter à
recourir.
Me
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes.
>>
Voir
la fiche de Me Julien BONNAT
Liste
des thèmes
Liste
des articles
"Droit administratif"
Retour
haut de page
|