|
Délégation
de service public :
Les étapes de sa mise en place
par une commune de moins de 10 000 habitants
Par Maître
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes
L'article L 1411-1 du Code général
des collectivités territoriales (CGCT) définit la
délégation de service public comme : " un
contrat par lequel une personne morale de droit public
confie la gestion d'un service public dont elle a la
responsabilité à un délégataire public ou privé
dont la rémunération est substantiellement liée au
résultat de l'exploitation du service ".
Le recours à la gestion déléguée des services
publics locaux, tel qu'un casino, une criée ou une
piscine, est encadré par les dispositions de la loi du
29 janvier 1993, dite " Loi Sapin ",
codifiées aux articles L 1411-1 à L 1411-18 et aux
articles R 1411-1 à R 1411-6 du CGCT. La complexité
des règles de passation des délégations de service
public a vocation à créer l'insécurité juridique et,
donc, les risques de contentieux. En effet, la violation
des règles de publicité et de mise en concurrence
constitue une cause de nullité absolue du contrat
susceptible d'être relevée d'office par le juge
administratif ; obligeant ainsi les parties à procéder
à la résolution du contrat, soit d'un commun accord,
soit par voie juridictionnelle. Pour éviter une telle
insécurité, la commune doit scrupuleusement respecter
les différentes étapes de la mise en place d'une
gestion déléguée. Il en existe principalement cinq.
1 - LE CHOIX DE LA GESTION DÉLÉGUÉE
La commune doit tout d'abord rédiger
un rapport présentant les caractéristiques du service
concerné, ainsi que les prestations que devra assurer
le délégataire. Le comité technique paritaire rend
ensuite un avis consultatif au vu duquel le conseil
municipal statue. La collectivité peut, par ailleurs,
décider de toute autre consultation qu'elle considère
opportune. Au vu du rapport sur le mode de gestion
prévu et des différents avis émis, le conseil
municipal autorise le maire à lancer la procédure de
délégation de service public. Le conseil municipal
peut, également, dans la même délibération, décider
de mettre en place, si elle n'est pas déjà instituée,
la commission de délégation de service public. Il est
à noter qu'une proposition de loi n° 207 à
l'initiative de Monsieur GAUDIN, Sénateur, est
actuellement en cours de discussion dans le but de
créer une similitude entre la composition de la
commission de délégation de service public et celle de
la commission d'appel d'offres des marchés publics.
2 - LA PUBLICITÉ DU RECOURS A LA GESTION
DÉLÉGUÉE
La décision de recourir à une
gestion déléguée doit faire l'objet d'une double
publicité légale. Un avis de publicité doit être
inséré dans un journal d'annonces légales et dans une
revue spécialisée devant correspondre strictement au
secteur économique concerné par la délégation.
L'avis de publicité nationale comporte au minimum trois
rubriques : la date limite de présentation des offres
de candidature, les modalités de présentation des
candidatures et les caractéristiques essentielles de la
convention envisagée ; notamment, son objet et sa
nature. Par ailleurs, pour les concessions de travaux
d'un montant supérieur ou égal à 5.000.000 d'euros
H.T., un troisième avis de publicité doit être
inséré au Journal Officiel de l'Union Européenne.
3 - LE CHOIX DES CANDIDATS ADMIS A PRÉSENTER UNE
OFFRE
La commission de délégation de
service public procède à l'ouverture des offres de
candidature et vérifie que celles-ci sont complètes.
Si les candidats présentent des garanties et aptitudes
suffisantes pour assurer la gestion du service
délégué, la commission les inscrit sur la liste des
candidats admis à présenter une offre. L'autorité
délégante adresse à chacun des candidats retenus un
" document définissant les
caractéristiques quantitatives et qualitatives des
prestations, ainsi que, s'il y a lieu, les conditions de
tarification du service rendu à l'usager ".
La composition exacte du dossier de consultation n'est
précisée par aucun texte. En pratique, il comprend le
plus souvent un règlement de consultation, un cahier
des charges et, parfois, un projet de convention de
délégation de service public.
4 - LE RECUEIL, L'ANALYSE ET LA NÉGOCIATION DES
OFFRES
La commission de délégation de
service public procède à l'ouverture des offres et
vérifie que celles-ci sont complètes. De manière
facultative, les services compétents de la commune
peuvent rédiger un rapport d'analyse préparatoire à
l'attention de la commission de délégation de service
public. La commission étudie et classe les offres, puis
établit un rapport d'analyse qui est transmis au
conseil municipal. Outre ce rapport, la commission de
délégation de service public émet un avis
circonstancié sur les suites à donner à la
consultation afin d'éclairer totalement le conseil
municipal. Une fois cet avis émis, le maire engage
librement la négociation avec un ou plusieurs candidats
ayant présenté une offre. La collectivité choisit le
formalisme de cette négociation en prenant garde de
respecter le principe d'égalité de traitement des
candidats.
5 - LE CHOIX DU DÉLÉGATAIRE, LA SIGNATURE ET LA
PUBLICITÉ DE LA CONVENTION DE DÉLÉGATION DE SERVICE
PUBLIC
Une fois la négociation achevée, le
maire procède librement au choix du délégataire. Le
maire transmet alors au conseil municipal le rapport de
la commission, les motifs du choix du délégataire,
ainsi que le projet de convention de délégation de
service public. Cette transmission est suivie de la
convocation des membres du conseil municipal à laquelle
est jointe, pour les communes de plus de 3 500
habitants, une notice explicative de synthèse. Le
conseil municipal délibère sur le choix du
délégataire, sur le projet de convention de
délégation de service public et autorise le maire à
signer ladite convention. La délibération autorisant
la signature de la convention est transmise en
préfecture aux fins de contrôle de la légalité ;
étant précisé qu'à défaut de transmission avant la
signature de la convention, cette délibération est
entachée d'illégalité. Le maire signe la convention
de délégation de service public et la transmet
également, au plus tard quinze jours après la
signature, au contrôle de la légalité. La commune
notifie au délégataire retenu la convention de
délégation de service public mentionnant la date de
transmission de cette convention en préfecture. Dans
les quinze jours suivant cette notification, la
collectivité informe le préfet de la date de
notification de la convention au délégataire. La
commune procède enfin à l'affichage et à l'insertion
dans une publication locale de la délibération
approuvant la convention de délégation de service
public. Il est à noter que le délai de recours
contentieux commence à courir à l'égard des tiers à
compter de la plus tardive des deux formalités de
publicité.
La procédure décrite ci-dessus
paraît lourde et son formalisme un peu complexe. Mais
le respect de ces différentes étapes participe à la
sécurisation juridique des contrats de délégation de
service public et, par conséquent, tend à réduire le
contentieux qui y est lié.
Me
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes.
Liste
des thèmes
Liste
des articles
"Droit administratif"
Retour
haut de page
|