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Éviction
d'un marché public :
QUE FAIRE ?
Par Maître
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes
Face à l'éviction irrégulière, ou
présumée comme telle, d'un marché public, le candidat
malheureux dispose essentiellement de deux recours
devant le Tribunal administratif : le référé
précontractuel avant la signature du marché et le
recours indemnitaire après.
LE
RÉFÉRÉ PRÉCONTRACTUEL
Dans le cadre de la passation d'un
contrat public, dès que la personne publique a fait son
choix sur une offre, elle avise tous les candidats non
retenus. Elle doit alors respecter un délai d'au moins
dix jours avant de signer le contrat. Dans ce laps de
temps, le candidat peut saisir le juge du référé
précontractuel.
Les personnes ayant
intérêt à agir devant le juge du référé
précontractuel " sont celles qui ont un
intérêt à conclure le contrat " et qui
sont susceptibles d'être lésées par un " manquement
aux obligations de publicité et de mise en concurrence
auxquelles est soumise la passation des marchés publics
et des conventions de délégation de service public "
(article L 551-1 du Code de justice administrative). Le
juge doit absolument être saisi avant la signature du
marché. Dans le cas inverse, le juge prononcera un
non-lieu à statuer. Pour éviter que cette signature
n'intervienne entre le dépôt de la requête et la date
d'audience, il convient de demander au juge d'enjoindre
à l'administration de différer la signature du contrat
jusqu'au terme de la procédure. L'audience intervient
sous vingt jours.
Les pouvoirs du juge du
référé. Il sanctionne objectivement la
violation des obligations de publicité et de mise en
concurrence " sans avoir à rechercher si
ces irrégularités sont à l'origine d'un préjudice
causé à la société requérante ".
Peuvent être invoqués différents manquements tels que
les irrégularités commises dans les avis de publicité
ou le défaut d'information cohérente des candidats sur
les documents nécessaires pour formuler une offre. S'il
n'appartient pas au juge du référé d'annuler le
contrat lui-même, il peut suspendre la passation du
contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y
rapporte. Il peut également annuler toute décision
relative à la passation du contrat ou encore ordonner
au responsable du manquement de se conformer à ses
obligations.
LE
RECOURS INDEMNITAIRE
Le candidat dont l'offre a été
irrégulièrement rejetée par le pouvoir adjudicateur
peut demander au juge administratif réparation du
préjudice qu'il a subi du fait de son manque à
gagner.
Conditions du recours. L'entreprise
devra d'abord prouver que son éviction est
irrégulière. Sur ce point, la jurisprudence
administrative est tellement restrictive que l'on peut
affirmer, sans trop de risque, que la majorité des
marchés publics français conclus aujourd'hui sont
entachés d'irrégularités. L'entreprise devra ensuite
démontrer qu'elle " n'était pas
dépourvue de toutes chances " de remporter le
marché ou, mieux encore, qu'elle avait des " chances
sérieuses " d'emporter ce marché.
Modalités
d'indemnisation. Si l'entreprise concernée
avait certaines chances de remporter le marché, elle a
droit au seul remboursement des frais qu'elle a engagés
pour présenter son offre. Mais si elle avait des " chances
sérieuses " d'emporter ce marché, le
juge lui reconnaît alors le droit d'être indemnisée
à hauteur du bénéfice net qu'aurait pu procurer le
marché. Pour évaluer l'indemnisation, le magistrat
prend notamment en compte le contexte concurrentiel et
la marge bénéficiaire habituellement réalisée.
Ces deux procédures peuvent être
engagées successivement : la première, dans l'urgence,
permet éventuellement d'obtenir le marché convoité
alors que la seconde, plus longue, vise à réparer le
manque à gagner. L'éviction d'un marché public n'est
donc pas une fatalité.
Me
Julien BONNAT,
Avocat à la Cour de
Rennes.
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