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LES
DÉLITS EN MATIERE DE MARCHÉS PUBLICS ET DE DELEGATION
DE SERVICE PUBLIC
Par Maître
Sophie Guillon-Coudray,
Avocat à la
Cour
Le délit de favoritisme est "le
fait par une personne dépositaire de l'autorité
publique ou chargée d'une mission de service public ou
investie d'un mandat électif public, ou exerçant les
fonctions de représentant, administrateur ou agent de
l'Etat, des collectivités territoriales, des
établissements publics, des SEM d'intérêt national
chargées d'une mission de service public, des SEM
locales ou par toute personne agissant pour le compte de
l'une de celles susmentionnées, de procurer ou
tenter de procurer à autrui un avantage injustifié par
un acte contraire aux dispositions législatives ou
réglementaires ayant pour objet de garantir la liberté
d'accès et l'égalité des candidats dans les marchés
publics ou les délégations de services publics."
I) LE CHAMP
D'APPLICATION DE L'ARTICLE 432-14 DU CODE PENAL
Les élus sont donc directement
concernés, par la simple signature du marché.
Ce délit concerne les marchés
publics : tous les marchés publics, dès le 1er euro.
Ce délit concerne les DSP, là encore
toutes les DSP sont concernées.
En revanche, les Contrats de
partenariat ne sont pas inclus dans le champ de
l'article 432-14. Le CE a considéré que les auteurs de
l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de
partenariat, n'avait pas méconnu la portée de la loi
d'habilitation en s'abstenant de modifier le champ
d'application de l'article 432-14 du code pénal (CE
29 octobre 2004 Sueur et Autres)
Les contrats de mobilier urbain sont
également concernés (ce sont des
marchés publics selon le Conseil d'Etat).
Les concessions d'aménagement ne sont
pas, pour l'instant, concernées, l'article 432-14 du
code pénal n'ayant pas été modifié malgré la mise
en concurrence désormais obligatoire de ces contrats.
Attention aux avenants : un avenant
illégal (augmentation trop importante de
la masse des travaux, modification de l'objet)
constitue un nouveau contrat qui aurait dû être conclu
suite à une procédure de publicité et de mise en
concurrence : les avenants sont donc susceptibles
d'entraîner un délit de favoritisme.
II) QUELLES
SONT LES IRREGULARITES SUSCEPTIBLES DE SERVIR DE SUPPORT
À UN DELIT DE FAVORITISME - DEGRE DE GRAVITE.
En théorie, toute irrégularité est
susceptible de constituer un acte contraire aux
dispositions législatives ou réglementaires de nature
à garantir la liberté d'accès et l'égalité des
candidats des MP et dans les DSP : violation de
n'importe quelle disposition du CMP, de la loi Sapin,
des directives européennes sur MP... si elles sont
transposées (Cass. Civ. 10/12/85, Bull
Civ. n° 290).
En pratique :
- Mauvaise
définition des besoins = créer un cahier des
charges sur mesure pour une entreprise. Imposer des
contraintes techniques excluant bon nombre d'entreprises
alors que ces contraintes ne sont pas nécessaires à la
satisfaction du besoin de la personne publique : Crim
30/06/06 n° 03.86287
- Divulgation
d'informations privilégiées : Attention aux
entreprises qui ont réalisée des études préparatoire
.
Ex : Cass.
Crim. 20 avril 2005, N° 04-83017 : A ppropos d'un
cabinet d'architecture sollicité par la collectivité
pour étudier la faisabilité d'un projet avant même sa
désignation : le juge pénal a relevé que les études
de faisabilité avaient été réalisées gratuitement
Attention pour
les élus : même si vous n'avez divulgué aucune
information mais que vous avez connaissance de cette
divulgation (par un agent par exemple) : la signature du
marché constitue un risque.
- Très
souvent : choix de la procédure
-
Fractionnement artificiel.
- Mairie condamnée car MP
passé sous forme d'AO ouvert, selon la procédure
d'urgence (délai de réception des offres
abrégé) ce
qui a eu pour effet de limiter le nombre de candidats.
-
La construction d'un port protégé par une digue fait
partie de la même opération que la route réalisée
sur cette digue : La route a été conclue sous forme
d'avenant : délit constitué (Crim, 6 avril
2005)
- Attention
aux seuils sui sont susceptibles d'être dépassés par
un avenant : un marché de maîtrise d'oeuvre conclu
sans concours car le seuil n'était pas atteint : la
dérive du coût d'objectif a entraîné une
augmentation très importante du marché de maîtrise
d'oeuvre (qui dépassait donc le seuil) : délit de
favoritisme constitué (Crim. 14 décembre 2005 n°
05-83898)
- Non
respect de la procédure
- Acceptation
d'une offre tardive, irrecevable, non conforme : Crim.
3/6/04, n° 03.87941.
- Contrôle
du choix de l'offre économiquement la plus avantageuse
- Affaire de
la moquette du palais des festivals de Cannes :
l"'entreprise la plus chère a été choisie en
raison de la qualité de ses prestations et notamment la
compétence de son personnel. Le juge pénal constate
qu'en réalité, toutes les entreprises proposaient une
moquette bas de gamme et que la pose était assuée,
pour l'essentiel, en régie : FAVORITISME (Crm. 19
octobre 2005 N° 04-87312).
III) LE
CARACTERE INTENTIONNEL DU DELIT : FAUT-IL AVAOIR VOULU
FAVORISER UNE ENTREPRISE POUR ÊTRE RECONNU COUPABLE DE
FAVORITISME ?
La rédaction de l'article 432-14 du
code pénal et le principe général posé par l'article
121-3 ("Il n'y a point de crime ou de délit
sans intention coupable") impose de considérer
que le favoritisme doit révéler une intention
coupable, l'intention de le commettre.
C'est un manquement au devoir de
probité, délits présentés par Maître POIGNARD.
Mais quelle est cette
intention coupable nécessaire à la qualification du
délit ?
1) Il n'est pas nécessaire que
l'auteur de l'infraction (l'élu signataire du MP
notamment) tire un intérêt personnel de l'opération.
2) Il n'est même pas nécessaire
qu'il ait eu l'intention de favoriser effectivement
l'entreprise. Il n'est pas nécessaire de prouver
l'intention de l'auteur de l'infraction de procurer un
avantage injustifié.
3) L'intention coupable est qualifiée
par la conscience de l'irrégularité de la
procédure : Si l'auteur a méconnu une règle du code
des marchés publics "en toute connaissance de
cause", le délit est constitué, sans qu'il soit
nécessaire de démontrer l'intention de favoriser
l'entreprise.
Exemple : Une collectivité
locale n'a pas organisé de concours d'architecture
alors que le seuil était dépassé. La Cour d'appel a
relaxé le prévenu car l'élu n'avait pas cherché à
favoriser le maître d'oeuvre retenu (apparemment, il ne
le connaissait même pas...).
Mais la cour de cassation a cassé
l'arrêt de la cour d'appel car la preuve de l'absence
d'intention de favoriser l'attributaire du contrat ne
permet pas de conclure à l'absence d'intention
coupable. La conscience de l'illégalité suffit.
Pour apprécier la conscience de
l'illégalité commise, le juge judiciaire prend en
compte la personnalité, la formation de la personne
considérée (le C.V.). Mais la fonction
d'élu présuppose, selon le juge judiciaire, un niveau
de compétence et un élu ne pourra s'exonérer de ses
responsabilités pénales en invoquant sa
méconnaissance de la procédure d'appel d'offres (Cass.
Crim. 15/9/99 n° 99-8788).
Pour un élu (ou pour
un agent occupant des fonctions à haute responsabilité),
l'infraction est constituée dès que l'irrégularité
est commise, le juge supposant que vous disposez des
compétences nécessaires pour avoir conscience de
violer les règles de publicité et de mise en
concurrence.
Il importe peu que les actes
reprochés (les illégalités commises)
n'aient pas pu influencer, de manière significative le
choix de l'attributaire : c'est l'hypothèse où
l'entreprise sois-disant favorisée étaient, en tout
état de cause la moins disante (Crim. 6
avril 2005-0080418).
On peut considérer que la seule
hypothèse dans laquelle l'élu est protégé en cas
d'irrégularité de la procédure de MP ou de DSP, c'est
le cas où l'irrégularité a été commise sans que
l'élu signataire n'est pu la constater avant la
signature :
- un agent a
transmis des informations confidentielles à une
entreprise,
- un agent n'a
pas respecté la procédure mais à caché cette erreur
) ses supérieurs.
Favoritisme est encore plus dangereux
que la prise illégale d'intérêt puisqu'il n'est même
pas nécessaire de prouver l'intention coupable,
l'intention de favoriser une entreprise en lui procurant
un avantage injustifié.
Il suffit d'avoir violer le code des
marchés publics et d'en avoir conscience, cette
conscience étant présumée pour les élus.
Ce délit est, par lui même,
étranger à toute malhonnêteté.
Par Maître
Sophie Guillon-Coudray,
Avocat à la
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