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LA
RESPONSABILITÉ PÉNALE DES ÉLUS
Présentation générale
Par Maître
Yvon
Coudray,
Avocat à la
Cour
Nous avons centré les interventions
de cet après-midi, autour de 2 types d'infractions
susceptibles d'engager la responsabilité pénale des
élus.
Ces infractions soulèvent, notamment
lorsque la presse s'en fait l'écho, toujours beaucoup
d'émotions chez les élus, émotion souvent liée à
une méconnaissance tant du contenu des infractions
elles-mêmes que de l'appareil judiciaire (mais je
comprends fort bien qu'il existe des perspectives plus
réjouissantes que celle de passer devant un tribunal
correctionnel).
1 - Pour les infractions dites d'imprudence
(homicide et blessures involontaires)
La presse avait fait beaucoup de bruit
autour d'un certain nombre d'affaires dans les années
90, qui avait tellement inquiété les maires qu'un
sondage réalisé en 2000 avait montré qu'un sur deux
ne voulait pas se représenter pour cette raison.
Les maires avaient (ont toujours ?) le
sentiment qu'ils étaient responsables pénalement
chaque fois qu'une catastrophe survenait sur leur
territoire. Plus grave sans doute, beaucoup de maires
étaient persuadés que - quoiqu'ils fassent - ils ne
pourraient échapper à leur responsabilité : faut-il
que le maire de SAINT COULOMB fasse poser partout de
panneaux d'interdiction d'approcher les bords de falaise
ou que les maires de RENNES et/ou de SAINT MALO
vérifient l'absence complète de dangerosité de tout
équipement ou installation publics pour que leur
responsabilité soit dégagée en cas d'accident ?
Bref, beaucoup d'incompréhension de
la part des élus qui, légitimement, s'inquiètent. Un
élu confiait à ce propos : mon problème n'est pas de
savoir si je serai mis en examen mais quand...
Sur ce point, Maître ASSOULINE qui
fera - dans un instant - l'état des lieux, devrait vous
rassurer (enfin, pas trop j'espère...). La loi Fauchon
semble avoir atteint son objectif. On ne voit plus - on
ne devrait plus voir - des élus condamnés pour des
"poussières de fautes" (i.e. pour des fautes
vénielles). Même si l'on n'a guère de statistiques
fiables (Monsieur le vice-procureur pourra peut-être
vous éclairer sur ce point), il semble bien que la mise
en cause d'élus, dans des affaires d'homicide ou
blessure involontaire soit en nette diminution.
Cela montre, permettez-moi de le
souligner au passage, que lorsque le législateur prend
de bonnes lois (c'est à dire claires et précises), le
juge les applique sans difficulté.
2 - Quant aux infractions au devoir de
probité (prise illégale d'intérêt ou ingérence,
délit de favoritisme, concussion, trafic d'influence ou
autres), la difficulté est que peu différente. Sauf
dans de très rares exceptions, la quasi-totalité des
élus poursuivis tiennent le même langage : ils n'ont
jamais eu d'intention coupable et, d'ailleurs, ils n'en
ont tiré aucun avantage.
- La commune a passé un marché avec
une entreprise sans mise en concurrence, le maire ne
connait pas cette entreprise et, cependant, les
éléments constitutifs du délit de favoritisme sont
très probablement réunis.
- Le maire vote en faveur d'un
lotissement dans lequel sa mère est propriétaire =
prise d'intérêt alors même que l'on prouverait que le
terrain n'a pas changé de valeur.
Sur ce type de délit, Maître
POIGNARD vous le confirmera tout à l'heure, la
jurisprudence présente toujours la même sévérité,
la fréquence des condamnations n'ayant guère varié,
si ce n'est une augmentation sensible des condamnations
pour délit de favoritisme.
Il faut donc observer la plus grande
prudence, toujours s'interroger avant de prendre
certaines décisions et bien écouter les conseils
avisés en la matière.
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